Que des enfantillages!

JOYEUX ANNIVERSAIRE, CHÈRE FAMILLE

GASPÉ, mai 2015 - Je traîne toujours un calepin pour y noter mes idées à l’instant où elles surviennent… ou presque. Je griffonne entre un changement de couche et la lecture des leçons; entre le fredonnement de la berceuse réconfortante et la signature des examens. À quelques heures de la tombée de mon article, il n’y a que des lignes parallèles bleues, qui traversent ma page tachée de sauce spaghetti; même pas l’ombre d’un sujet familial. Alors, j’épluche les événements qui se déroulent au Québec du 11 au 17 mai : la Semaine de la police? Euh, non. La Semaine des services de garde en milieu scolaire, peut-être, la Journée internationale contre l’homophobie, je ne sais pas. Bingo! La Semaine québécoise des familles! Comment définir la famille en 2015? Le Dictionnaire jeunesse la résume par « Adultes et enfants vivant ensemble ». J’hésite à adopter cette définition telle quelle… Il manque un je-ne-sais-quoi.

L’amour donne des… muscles
En panne d’inspiration, je m’accorde une pause non méritée. Au lieu d’écrire, je célèbre la beauté de la famille au féminin; les gars ayant déserté la maison. Je décide de passer du temps de qualité avec ma grande fille et la petite dernière, qui se vautre dans mes bras. Bourrelée de remords par notre manque d’activité physique depuis le début de la journée, je prépare ma troupe pour une promenade sous des nuages, qui menacent pourtant d’éclater. Je cède à la demande de mon aînée, qui insiste pour transporter la benjamine. Son argumentation, digne des plus illustres philosophes, m’a convaincue. Serrées les unes contre les autres, nous profitons du mauvais temps. En mère inquiète, j’observe la sœur porteuse. J’examine sans arrêt son visage à la recherche d’une mimique douloureuse. Je surveille son dos pour ne pas qu’il ploie sous l’effort tel le chêne de la fable pendant que les automobilistes qui nous dépassent me considèrent comme un bourreau d’enfant. Je replace de façon préventive les courroies du porte-bébé sur les jeunes épaules. Ma copie améliorée rayonne et couve du regard sa poupée de chair reposant sur sa poitrine. Heureuses, nous subissons les sautes d’humeur du printemps qui en veut à l’hiver gaspésien d’étirer son règne. Le vent court. Sa cadence soulève nos cheveux. Mon cerveau s’aère. Il bourgeonne. Je me questionne toujours sur ce que j’ai lu. Une famille, est-ce seulement le fait de vivre ensemble? Un souvenir me traverse l’esprit. Une brunette haute comme vingt pommes accompagnée d’une mère aimante et d’un frère bienveillant marchent bras dessus, bras dessous. Une tranche de vie banale d’où ressurgit néanmoins une charge d’émotions lumineuses.

Le pouvoir de bébé
Nous regagnons la maison avec en tête le désir d’un chocolat chaud décoré de guimauves. La fatigue m’envahit soudain. J’ai sauté ma sieste matinale. Mon poupon aux joues dodues commence à fabriquer des bulles sur le bord de ses lèvres. Il roule ses yeux enjôleurs, tire sa langue rose et me sourit tendrement. Mon cœur fond. L’énergie surgit de nulle part. Et, l’heure du boire se déroule dans un moment de pure douceur.

Elle vole à mon secours
Munis de moustaches chocolatées, ma grande et moi nous livrons un duel sans merci lors d’une partie de cartes où la logique mathématique et la stratégie sont de mise. Je me fais donc littéralement écraser. Ma fibre maternelle s’en enorgueillit un certain temps. Au comble de l’humiliation, je prétexte soudain que j’ai un texte à pondre. Moi, qui prêche toujours aux enfants de réaliser leurs devoirs en début de semaine, je me confesse et j’admets que je n’aurais pas dû retarder ma rédaction. Voilà que la plus surprenante et adorable réponse sort de la bouche de ma grande : « Je vais t’aider à écrire maman. Je suis bonne en composition. Tu corrigeras les fautes. »
Bonne fin de semaine des familles!

-30-

Note sur l’auteure
Marie-Ève Murray est maman à temps plein, 28 heures sur 24, douze jours sur sept. Elle est aussi conseillère en communication à Gaspé; poste qu’elle occupe notamment grâce à ses études en rédaction-communication de l’Université de Sherbrooke. Son univers gravite autour de sa famille de laquelle elle puise sa motivation et son inspiration. Elle rallie dans ce blogue son amour pour les siens et sa passion pour la langue française, chaque mois, sur GRAFFICI.CA.

NOTE DE LA RÉDACTION
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