Affaires de passion

LA GRATUITÉ D’URINER

CARLETON-SUR-MER — Voilà un débat qui me fait bien rigoler et dont j’aime bien discuter avec des amis autour d’une boisson aux céréales savamment fermentée. Car, même si le sujet peut déraper en blagues enfantines, dans lequel les « mots de toilettes » deviennent prétextes à se dilater la rate et à se taper sur les cuisses, la gestion des déchets humains est un sujet sérieux. 

C’est une question de santé publique qu’on n’aborde pas souvent.   Dernièrement, le sujet est apparu dans les médias québécois. Un commerçant québécois aurait décidé de charger pour avoir accès à ses toilettes.  

« Sacrilège! » S’écrièrent les partisans du droit à uriner gratuitement! Et je me suis souvenu de la première fois que je suis allé aux toilettes, quelque part à Paris, et qu’il y avait quelqu’un qui collectait pour qu’on puisse y entrer. Je n’avais pas de change dans mes poches et j’avais réussi à négocier le portier en lui disant que j’étais du Québec et que chez nous, « pisser c’est gratuit! ». Je ne m’attendais pas à vivre ce genre de choc culturel. On m’a alors expliqué qu’à Paris, il y a environ 500 toilettes publiques. Ce qui est insuffisant. Les gens se tournent donc vers les cafés et les restaurants. C’est un réel problème, car sans accès aux toilettes, certaines personnes n’hésitent pas à uriner dans un coin isolé, et ça ne sent pas très bon. Et les cafés et restaurateurs ont instauré un système de payeur-utilisateur qui est devenu la norme aujourd’hui à Paris.  

Au Québec, l’idée sort de temps en temps, mais semble vite oubliée. À qui appartient la responsabilité de la gestion des déchets humains? Selon moi, aux villes. Elles gèrent déjà les services d’égouts et certaines installations publiques dans les parcs. On paye déjà, à travers nos taxes, pour la gestion des toilettes publiques. Maintenant, disons que je suis en vacances dans un petit village de la Gaspésie, que je roule et que le café aura fait son effet diurétique. Je m’arrête où? Je fais alors ce que la majorité d’entre nous fait, j’arrête au petit resto-café du coin ou dans une station-service. Ceux ayant tendance à culpabiliser achèteront un petit quelque chose en guise de frais d’accès aux toilettes. D’autres, considérant cela comme un service public, iront directement aux toilettes.  

En Gaspésie, destination touristique par excellence, les commerçants font face à une clientèle à deux vitesses : la saison touristique (3-4 semaines) et le reste de l’année. Cela implique que les installations doivent supporter un achalandage important durant la période touristique. Ce sont des équipements, infrastructures, employées, qui devront être amorti sur l’année, mais qui sont réellement rentables durant le seul mois d’achalandage touristique. Un beau défi! Et le cas des toilettes est toujours intéressant à discuter. Doit-on faire payer pour l’accès aux toilettes? Les campings privés n’hésitent pas à charger un dollar pour une douche de 5 minutes tandis que les campings publics incluent ces services dans le prix. Vous me direz que c’est l’eau chaude qu’on paye, mais je peux vous garantir que le salaire de l’employé qui nettoie les douches et les toilettes, le plancher, vide les poubelles est plus cher que le coût de l’électricité.

J’avoue avoir une tendance à la gratuité d’uriner, mais quand on y réfléchit, on se rend compte que la gestion des déchets humains a un coût et que quelqu’un doit l’assumer. Donc, mon organe balance entre les différentes options. Je parle ici de mon cœur qui balance. Doit-on appliquer le principe de l’utilisateur-payeur à toutes les activités humaines? Pour moi, une chose est sure, un commerçant a pleinement le droit de charger pour l’accès aux toilettes. Si vous vous indignez, vous avez le droit de choisir un autre endroit pour vos besoins. C’est la même chose avec l’institution financière qui vous facture des frais pour l’utilisation d’un guichet automatique ou d’une banale transaction. Si vous n’êtes pas content, vous n’avez qu’à trouver une banque ou une caisse qui n’en charge pas.

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NOTE SUR L’AUTEUR
Dany Marquis se considère comme un entrepreneur gourmand. Natif de Matane, il tente de conquérir la planète à partir de Carleton-sur-Mer. Il est fondateur et propriétaire de la Brûlerie du Quai et de Chaleur B chocolat, deux entreprises ayant pignon sur rue à Carleton-sur-Mer et également présentes sur le Web. Père de 4 enfants, il est convaincu qu’élever des enfants au bord de la mer est une richesse extraordinaire. Amoureux de moto, d’arts martiaux et de littérature, il tentera de vous donner chaque mois, sur GRAFFICI.CA, la piqûre de l’entrepreneuriat. Car, pour lui, se lancer en affaire est une aventure passionnante à la portée de tous.

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