Politique

La Gaspésie dans la spirale électorale

Par Pascal Alain, chroniqueur, graffici.ca

CARLETON-SUR-MER, septembre 2018 – Nous voici à nouveau à l’aube des élections provinciales. La valse des promesses terminée, il ne reste plus que quelques jours avant que l’isoloir nous contraigne à élire, par choix ou par défaut, le prochain gouvernement. Depuis quelque temps, cette bête appelée cynisme s’empiffre et grossit à vue d’œil et tend inévitablement à nous avaler. 

Et la Gaspésie, dans toute cette spirale, où se situe-t-elle? Au cours de la campagne, quel parti a véritablement démontré qu’il a à cœur l’avenir des régions? Une politique de développement et d’occupation des régions, c’est pour quand? En dehors des élections, peut-on affirmer que la Gaspésie fait encore partie du Québec?


Retour dans le passé
La mémoire oublie. Mais comment oublier? À l’automne 2014, l’ouragan libéral dévastait la région, multipliant les coupes et démantelant des instances régionales de concertation et de développement. La perte de ces organisations est venue freiner notre élan vers l’autonomie, en plus de faire reculer la décentralisation des pouvoirs vers les pôles régionaux. Néanmoins, la Gaspésie a une fois de plus fait preuve de résilience. Tant bien que mal, la région s’est relevée, malgré la perte d’acquis significatifs durement gagnés dans le passé.

Tout cela à un prix, qu’il faut payer. Pendant que d’autres régions du Québec discutent d’enjeux de développement, la Gaspésie, elle, s’embourbe dans des enjeux de survie, perdant ainsi son temps et ses énergies à récupérer ce qu’on nous a enlevé sans nous consulter pendant la vague d’austérité.  L’austérité terminée, il est maintenant temps de rebâtir! On promet de nous redonner le coffre à outils qu’on nous a volé. Notre vote est convoité.


Le message des dernières années m’apparaît facile à décoder : Québec tend à abandonner les régions situées en périphérie des grands centres. Sans vouloir généraliser, les commentaires des gens sur les tribunes téléphoniques et les plates-formes de toutes sortes révèlent qu’un fossé se creuse entre les centres urbains et le monde rural. Alors que l’on devrait travailler ensemble et être solidaires, la fracture entre les deux mondes s’accentue.

La Gaspésie, comme ses complices, est perçue comme un boulet, au lieu d’une opportunité; comme une région déficitaire, au lieu d’une plus-value à la société québécoise; comme une région subventionnée qui tire le Québec vers le bas, au lieu d’une région dont il faut redéfinir le rôle et la contribution, notamment par la tenue d’États généraux sur le monde rural. Les derniers remontent à 1991…


Que faire?
La campagne électorale a donc été marquée par des débats orientés notamment sur les enjeux du transport - notre lien avec le monde! - et de la démographie, pièce maîtresse pouvant assurer l’avenir d’une région. Nos prédécesseurs se sont battus pour obtenir le train. Nous voici en train de nous battre pour le ravoir. Les remèdes imposés par l’austérité – on nous a répété que c’était pour notre bien! – sont venus diminuer l’offre de services publics en Gaspésie, ce qui a eu comme conséquence de voir de jeunes diplômés détenteurs d’expertise quitter la région. Nous voici en train de faire des pieds et des mains pour en attirer ou les faire revenir.


À quoi s’attendre d’un bon gouvernement à l’égard de la Gaspésie? Ce gouvernement devrait a priori éviter d’analyser la région par la seule et unique grille économique. Les dimensions historique, sociale, culturelle et géographique sont à prendre en considération. Le Québec, dépouillé de ses régions, serait méconnaissable. 


Le Québec semble en mal d’un projet collectif. Celui de réaménager le Québec et ses régions et de revoir la gouvernance de ce territoire unique s’impose. Se donner le devoir de réfléchir sur l’avenir du Québec et de ses régions constituerait un projet de société rassembleur, en ayant comme trame de fond des valeurs telles que l’égalité, l’équité, la prospérité, la qualité de vie et la durabilité.


Qui vote pour ça?

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 NOTE SUR L'AUTEUR
Pascal Alain est né et habite à Carleton-sur-Mer. Historien de formation, il est aussi détenteur d’une maîtrise en développement régional. Œuvrant professionnellement dans le secteur municipal, il est l’auteur de plusieurs conférences sur l’histoire et le développement régional. Il est aussi l’un des membres fondateurs du GRAFFICI.

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