Que des enfantillages!

LA FATIGUE : ENNEMI NUMÉRO UN D’UN PARENT

Par Marie-Ève Murray, blogueuse, graffici.ca
Marie-Ève Murray est maman à temps plein, 28 heures sur 24, douze jours sur sept. Elle est aussi conseillère en communication. Vous pourrez lire Marie-Ève sur GRAFFICI.CA le troisième mercredi de chaque mois.

Marie-Ève Murray est maman à temps plein, 28 heures sur 24, douze jours sur sept. Elle est aussi conseillère en communication. Vous pourrez lire Marie-Ève sur GRAFFICI.CA le troisième mercredi de chaque mois. Photo : Gracieuseté

GASPÉ — Pourquoi la conduite automobile avec des enfants à bord se déroule parfois plus sur l’accotement que sur la route? Comment le pot de margarine s’est retrouvé dans la boîte à lunch de l’aînée à la place du repas du midi? Qu’est-ce qui explique que le dimanche au déjeuner, devant une prestation de «cup song» des ti-loups, vous criez au génie et que le lundi vous criez tout court? Puisque le temps vaut de l’argent, je parie un dix minutes de sieste que la fa-ti-gue y joue un rôle. Cette dernière entraîne de l’irritabilité, des problèmes de concentration et teinte la perception de la vie familiale en général.

DES STATISTIQUES ENDORMANTES
Le guide Mieux vivre avec notre enfant, la référence québécoise, indique une période d’adaptation approximative de deux ans à une femme avant d’équilibrer les différentes sphères de son existence et son nouveau rôle de mère. Les risques de dépression chez les parents y sont également mentionnés. D’après une étude britannique réalisée en 2013, papa et maman accuseront un déficit [un investissement rentable] de 44 jours de sommeil au cours de la première année de vie d’un bébé. Imaginez si on effectuait le calcul jusqu’à la majorité.

ATTENTION AUX GÉRANTS D’ESTRADE
Au hockey, les gérants d’estrade abondent; dans la parentalité aussi. Même le gars, célibataire endurci, incapable de prendre soin d’une plante verte sans en causer la perte, recèle de bons conseils en matière d’éducation des enfants. Chers parents, il faut malheureusement s’y résigner! Des recommandations infantiles et infantilisantes vous en obtiendrez sans en demander. Personnellement, elles m’amènent parfois à douter de moi-même...

En fin stratège, je hoche la tête en signe de consentement devant toute proposition. Par la suite, bien… j’agis à ma guise. De cette façon, j’évite un débat interminable pour défendre mon point de vue qu’ignorerait mon interlocuteur, détenteur de la vérité sur, notamment les coliques, le choix des activités parascolaires ou encore sur l’heure du couvre-feu. De précieuses minutes sont ainsi préservées. Ce n’est pas du luxe, considérant le mois et demi d’insomnie provoquée.

DES MYTHES À ÉCRASER
J’éprouve beaucoup de respect et d’admiration pour les générations qui m’ont précédée. Cependant, de comparer ma maternité à celle de l’aïeule, dont la descendance est aussi nombreuse que les étoiles dans le firmament, ne m’avance en rien. Sur quelles bases effectuer la comparaison entre moi et une arrière-grand-mère, qui a accouché à son insu de ses triplets en finissant de labourer à mains nues le jardin de deux acres? Comme un insecte qui troue un morceau de tissu, cette image de femme forte s’attaque à mon estime. Et, ma confiance en mes aptitudes s’en trouve effilochée. Alors, pour préserver mon énergie, les histoires de supers ancêtres, je les range dans les boules à « mythes ». Autres temps; autres mœurs.

PAS PLUS VERT CHEZ LE VOISIN
Trop souvent, les parents excellent dans l’autoflagellation. En experte de « je me mets de la pression inutile sur le dos », je me fixe des objectifs familiaux irréalistes tout en me sentant médiocre de ne pas les atteindre. Je me culpabilise de ressentir de la fatigue. C’est pourquoi je partage mes angoisses avec mes pairs. Eh oui, d’observer que d’autres mamans et papas ont les traits du visage tirés me rassure. De constater sur les réseaux sociaux que ces derniers ont, eux aussi, été photographiés à leur insu lorsqu’ils étaient profondément endormis, avachis sur un sofa avec, tel un nourrisson qui perce ses premières dents, un filet de bave sur le menton me soulage.

EN TOUTE NORMALITÉ
Mes filles et mon fils trônent sans conteste parmi les sept merveilles de mon monde. Même si j’éprouve pour eux un amour inconditionnel, je reconnais que quelquefois je modifierais la définition du mot « enfant » du Dictionnaire jeunesse, qui me semble incomplète : « Petit garçon ou petite fille avant l’âge de l’adolescence ». Je préciserais par : « syn. Petit monstre [moɔ̃str] selon l’équation niveau de patience parentale par opposition au dynamisme enfantin déployé. Termes tenant compte de variables conjoncturelles telles les journées de la semaine et la quantité de friandises ingurgitées ».

Loin de l’androïde, je suis un humain normalement constitué. Je juge comme une force, et non une faiblesse, de reconnaître mes limites et de demander de l’aide au besoin. Il reste que c’est tout un défi d’assumer au quotidien la responsabilité d’un petit être, qui grandira,a mais demeurera toujours un garçonnet, fillette ou petit monstre, à nos yeux de parent.

Note sur l’auteure
Marie-Ève Murray est maman à temps plein, 28 heures sur 24, douze jours sur sept. Elle est aussi conseillère en communication à Gaspé; poste qu’elle occupe notamment grâce à ses études en rédaction-communication de l’Université de Sherbrooke. Son univers gravite autour de sa famille de laquelle elle puise sa motivation et son inspiration. Elle rallie dans ce blogue son amour pour les siens et sa passion pour la langue française. Vous pourrez lire Marie-Ève le troisième samedi de chaque mois sur GRAFFICI.CA.

NOTE DE LA RÉDACTION
Les blogueurs sur GRAFFICI.CA ne sont pas à l'emploi de l'entreprise. Ils ont tous accepté de s'engager, bénévolement, pour apporter une diversité de point de vue dans notre média et les opinions véhiculées dans ces textes n'engagent que leur signataire. Il en va de même pour les lettres ouvertes.

1 commentaire

Jean-Pierre Nicolas a écrit le 24 mars 2015

J'aime beaucoup.

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